La rivalité entre frères et sœurs

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La rivalité entre frères et soeurs, voilà une grande préoccupation des parents, dont je fais partie, qui ont décidé d’avoir plus qu’un enfant. Pourquoi sont-ils si gentils lorsqu’ils sont seuls avec nous et qu’ils se chamaillent sans arrêt lorsqu’ils sont en présence de leur frère ou de leur soeur? Parfois, on a l’impression qu’ils vont s’entretuer. En tant que parent, on doit sans cesse prouver que tout est égal, même l’amour qu’on porte à chacun d’eux. Voilà où nous en sommes, nous, les parents, qui avons décidé de donner un frère ou une sœur à notre aîné pour ne pas qu’il soit seul.

Les besoins de nos enfants dans une fratrie

Les besoins psychologiques de base de nos enfants restent inchangés, qu’ils soient enfant unique ou trois à la maison. Chaque enfant a besoin d’affection, d’encadrement et d’auto-détermination (le besoin de se mobiliser pour des choses qui nous font du sens). À cela s’ajoutent des besoins reliés au fait qu’il n’est pas le seul enfant de la famille. Chacun a besoin de se sentir unique et de ne pas vivre les conséquences des actions des autres membres de la fratrie. Par exemple, lorsque les parents décident d’annuler une sortie familiale au cinéma parce que le plus jeune n’a pas eu de bons résultats à l’école, l’enfant peut sentir de la frustration et de la colère envers son frère à l’origine de la punition.

Un enfant se sent unique aux yeux de ses parents lorsqu’il ressent que ces derniers répondent adéquatement à ses besoins, qu’ils soient affectifs (avoir de l’attention de ses parents, passer du temps seul ensemble), matériels (lui procurer de nouvelles chaussures) ou autres… et cela, peu importe les besoins des autres enfants. On comprendra qu’un enfant aura de la difficulté à se sentir unique lorsqu’il sortira du magasin avec le même toutou que ses deux sœurs.

Quelques pièges à éviter

La comparaison

Quand on veut mobiliser un enfant, le faire coopérer d’une façon précise, il peut être tentant de le comparer. « Pourquoi ne fais-tu pas comme ton frère? Il mange proprement sans faire de bruit à table, lui! » Ce genre de phrase peut être blessante et évidemment, le parent court le risque d’envenimer la relation entre les enfants.

La famille et les « maths »

J’aimerais aborder de manière très succincte une thématique qui me tient vraiment à cœur : l’égalité. Les parents bien intentionnés veulent donner de façon égale à tous les enfants. Dans certaines familles, on ne se pose plus de question, on divise tout par 2 ou par 3. Cependant, si l’on veut développer l’humanité chez nos enfants, il est important de ne pas utiliser à outrance les mathématiques (une matière que j’adore en passant!).

Par exemple, si je donne à mes trois filles une même quantité de biscuits, tout le monde en aura trois. L’enfant qui a plus d’appétit cette journée-là restera sur sa faim. On n’aura pas répondu à son besoin de manière adéquate, car trois biscuits ne comblent pas sa faim. Quant à la petite dernière qui mange comme un oiseau, elle en aura beaucoup trop. Au lieu donner égal, il est préférable de se baser sur l’appétit de chacune des trois filles aux âges et aux activités physiques différentes. De cette façon, leurs besoins seront comblés également!

Voici un autre exemple qui permet de comprend la pertinence de ne pas tout diviser à parts égales. Plusieurs fois par semaine, ma fille Yuri met la table pour le souper. Ses sœurs le font rarement. Un soir, elle me fit part de ce constat et me dit qu’elle trouvait cela fort inégal. J’ai accueilli son sentiment de la façon suivante : « C’est vrai que tu mets souvent la table seule, tu trouves cela injuste. Tu aimerais que ce soit ton tour qu’une fois sur trois. » Et j’ai ajouté : « Tu sais à quel point tu m’aides lorsque tu dresses la table pour moi. Tu sais que Mako a beaucoup de devoirs et que Miya, même si je lui demande ne voudra pas le faire. Et je n’ai pas envie de lui tordre un bras pour des assiettes (rires). Lorsque ta grande soeur te fait des dessins ou t’enseigne la flûte, elle ne compte pas chaque fois, n’est-ce pas? C’est ce que j’appelle l’entraide dans une famille. » Yuri a compris et dans cette grande entraide familiale, elle ne se trouvait plus perdante. Elle a continué à mettre la table avec le sourire!

Et le plus important, les chicanes entre les enfants!

Maintenant, abordons un point sensible : les chicanes. Il y a trois catégories :

La première, celle où l’on sait que les enfants se chamaillent et jouent. Ils sont capables de trouver des solutions entre eux. On laisse faire et on continue à cuisiner le souper!

La troisième, celle où il y a un enfant qui a mal. Généralement, on entend des pleurs. On intervient rapidement et on donne l’attention à celui qui a mal.

Entre les deux, les disputes où les enfants viennent vous voir : « Il a pris mon jouet! », « Oui, mais c’est moi qui l’avais avant… », « C’est lui qui a commencé! », et là, ils veulent que vous fassiez justice. Tout d’un coup, vous endossez la responsabilité du pouvoir exécutif et judiciaire en même temps. On écoute les deux versions. Voici les étapes à suivre :

  1. Écoutez la version du premier enfant devant son frère ou sa soeur
  2. Écoutez la version du second enfant devant son frère ou sa soeur
  3. Rappellez le problème : « Vous voulez jouer au même jeu, mais pas ensemble. »
  4. Suggérez une solution ou, encore mieux, laissez-les en trouver une par eux-même : « OK, tu joues 10 minutes, après c’est moi. »

Lorsque les enfants s’habituent à trouver des solutions ensemble, la fréquence des disputes diminue. Ils négocient entre eux sans que vous deviez intervenir.

Pour conclure, il est bien de se rappeler que, dans une fratrie, lorsqu’un enfant n’est pas bien pour différentes raisons, les chicanes auront tendance à se multiplier du fait que sa tolérance à la frustration sera moins élevée. La prévention du parent est alors de mise. Il est évident que pour un parent, c’est un bonheur inestimable, un cadeau de voir nos enfants jouer ensemble et être complices. Un frère ou une sœur, c’est souvent une chance dans une vie. Cela dit, on n’est pas obligé d’aimer son frère ou sa sœur, mais on se doit de le respecter. Quand, en tant que parents, vous avez mis les bases pour une relation harmonieuse entre vos enfants, il leur revient le choix de saisir cette opportunité ou pas.

© 2017 Jee Yung Caillaux, M.Ps., Psychologue. Tous droits réservés.   |    Réalisation  :  Valérie Beaulieu