Quand le parent lâche prise, l’enfant grandit!

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En tant que parent, il arrive parfois que l’on accroche sur une particularité de notre enfant et que cette dernière devienne un problème à nos yeux, voir même un point central envahissant de la vie de notre enfant. Je dis bien « à nos yeux », car dans les faits, c’est souvent davantage notre vie (de parent) et non celle de notre enfant qui en est le plus affectée.

J’ai répertorié trois types de situations où cela se produit et pour chacun, je vous propose un état d’esprit pour vous aider à y faire face.

Dans le fonctionnement familial

On se rappelle du temps où, en couple et sans enfant, nous étions capables de tenir une maison propre et rangée, même après avoir dîné… Mais maintenant, avec trois jeunes enfants, ce temps semble révolu pour un bon moment et cela peut parfois être frustrant.

Ce qui aide : se dire que c’est normal. En acceptant qu’avec trois enfants de 2, 4 et 6 ans, on soit obligé de passer l’aspirateur ou le balai plusieurs fois par jour (surtout sous la table à manger) si on veut tenir la maison propre, on ne se fâche plus et l’irritant disparaît.

Dans les capacités de nos enfants

Dans cette catégorie, on retrouve le suçage du pouce, le fait de ne pas être propre, de ne pas être capable d’aller se coucher seul, etc. Voici un exemple tiré de ma vie de maman. Ma fille de 10 ans me demande à l’occasion de l’accompagner aux toilettes. Je pourrais lui dire: «Mais voyons, à 10 ans tu n’es pas capable d’aller aux toilettes toute seule? De quoi as-tu peur au juste?». Ça peut être agaçant, surtout dans des moments plus occupés de la journée; lorsque nous sommes en train de cuisiner ou après une journée de travail. La demande nous semble alors injustifiée, exagérée.

Ce qui aide : se rappeler que son enfant est unique. Quand on accepte que notre enfant se développe à une vitesse qui lui est propre et qu’elle n’est pas comme la majorité des enfants de 10 ans sur certains aspects (dans le cas qui nous concerne, la peur d’aller aux toilettes), tout devient plus facile. Dans l’ensemble, cette enfant a une maturité émotionnelle, une intelligence et une lucidité qui vont au-delà des normes pour son âge… et elle est unique. En tant que mère, je trouve sa personnalité tellement belle que maintenant, lorsqu’elle me demande de l’accompagner, je souris dans mon cœur et je me dis que c’est un être humain qui a aussi ses faiblesses. Pour rajouter à la beauté de la chose, il arrive même que lorsqu’elle demande si on peut l’accompagner aux toilettes, ce soit sa petite sœur de 7 ans qui se lève et dit «J’arrive Yuri!». Pour une maman, être témoin de cela est magnifique. C’est aussi un apprentissage de la tolérance; l’acceptation de la différence commence dans nos foyers! Comme bien d’autres choses, d’ailleurs!

Dans l’apprentissage des valeurs

Le partage, l’entraide, la compassion et l’empathie sont des valeurs humanistes qui se retrouvent dans les trois grandes religions monothéistes et qui s’inscrivent, fort heureusement, dans les grandes lignes éducatives des parents avec lesquels je travaille. Cependant, lorsque notre enfant n’applique pas ces valeurs, ce devient pour nous un dossier important et, à chaque fois, on lui fera sentir notre désaccord et parfois même de manière blessante: «Tu ne veux pas partager avec ton frère, tu sais ce que tu vas devenir? Quelqu’un avec qui personne de voudra jouer et tu n’auras pas d’ami!», ou encore: «C’est important de partager! Aimerais-tu que ton ami ne partage pas son jouet avec toi?»

Ce qui aide: se rappeler que l’éducation de nos enfants est un projet à long terme, sur 20 ans! En leur laissant du temps, ils réaliseront par eux-mêmes que partager et faire plaisir aux autres est une vraie source de bonheur pour soi-même. Je suggère de ne pas imposer ses propres valeurs et d’accepter, par exemple, que son aîné de 13 ans ne veuille pas toujours partager. N’oubliez pas que dans le cas de nos aînés, ils ont partagé l’attention de leurs parents avec leurs frères et sœurs et que cela, c’est tout un partage dans la vie d’un enfant! Si le sujet vous intéresse ou vous préoccupe, je l’aborde davantage lors de mes ateliers sur la rivalité entre frère et sœur.

L’amour inconditionnel

Dans la littérature éducative vulgarisée, on parle souvent du parent qui aime de manière inconditionnelle son enfant, avec ses qualités et ses défauts. Un parent qui ne voit plus les défauts comme tels, mais plutôt des spécificités qui rendent son enfant différent et unique.

Récemment, en regardant le film Another Earth (Mike Cahill, 2011), j’y ai vu une allégorie de mes propos. Dans une scène du film, une personne est enfermée dans une pièce où quelqu’un frappe avec une cuillère sur du bois à une cadence répétée et de manière ininterrompue. Le bruit qui retentit est dérangeant et, après quelques minutes, il devient envahissant pour le protagoniste. Ce son répétitif et incessant prend toute la place. Cela dure depuis des heures et des heures. Complètement envahi par le bruit, l’homme est sur le point de devenir fou, lorsqu’il décide d’envisager le bruit comme une musique. Ce son devient alors harmonieux, léger et doux. Il n’entend plus que cette belle musique, et il en tombe amoureux. Intéressant comme parallèle, n’est-ce pas?

Lâchez-prise, acceptez vos enfants tels qu’ils sont et ils grandiront!

© 2017 Jee Yung Caillaux, M.Ps., Psychologue. Tous droits réservés.   |    Réalisation  :  Valérie Beaulieu