Doit-on obliger les enfants à partager?

ÉducationRivalité frère et soeurCommentaires fermés sur Doit-on obliger les enfants à partager?

Les obliger à partager? Non. Les inciter à le faire? Certainement! Quelle belle valeur que le partage! Malheureusement, ce n’est pas quelque chose de naturel chez les enfants. Comme dans bien des aspects de l’éducation, apprendre à partager est un long processus qui peut se faire sur plusieurs années. Voyons comment transmettre cette valeur à nos enfants de manière humaine à travers 3 exemples.

L’enfant de 4 ans qui ne veut pas prêter son vélo

Imaginons que vous êtes au parc avec votre garçon de 4 ans. Alors qu’il s’affaire dans le carré de sable, un autre enfant prend son vélo dans l’intention de jouer avec. Dans son non verbal, votre enfant vous fait savoir qu’il ne veut surtout pas le prêter. Vous vous sentez mal, comme parent, car la maman de l’autre enfant vous regarde et attend de voir ce que vous allez faire, comment vous allez départager la situation. D’un côté, vous savez que si vous demandez à votre enfant de prêter son vélo, c’est la crise qui risque d’arriver. De l’autre côté, vous aimeriez bien qu’il partage. Et l’autre maman, que va-t-elle penser? Dans cette situation, comme dans bien d’autres, le parent oscille entre la peur de passer pour un mauvais parent et l’apprentissage que son enfant est en train de faire. Alors, comment peut-on se sortir de cette situation?

Premièrement, validez les sentiments de votre enfant : « Tu n’as pas le goût de prêter ton vélo… ». Dirigez-vous ensuite vers l’autre enfant pour le valider dans son désir et reprenez le vélo doucement : « Dès que Léo sera prêt à le partager, je vais venir te le dire ». Généralement, de cette façon, on augmente les chances que notre enfant accepte de partager. On montre ainsi que l’on favorise le partage, mais pas à n’importe quel prix, c’est-à-dire sans faire preuve de non-respect pour notre propre enfant.

Vos préados qui se battent sans cesse pour les mêmes choses

Nous sommes régulièrement témoins de conflits de propriété entre nos enfants : ils ne veulent pas partager entre frères et sœurs. Par exemple, Léanne a un chandail qui ne lui fait plus. Sa sœur Océane lui emprunte à son insu. Lorsque Léanne aperçoit sa sœur avec SON chandail, la guerre éclate dans la maison! Même s’il peut être facile de prendre le parti d’Océane, la meilleure solution est d’apprendre le partage en douceur et avec empathie. En regardant Léanne, dites-lui : « Écoute, c’est ton chandail et c’est à toi de décider. Mais si tu veux trouver un arrangement avec ta sœur, ce sera entre elle et toi. » Et si Léanne ne veut pas prêter son chandail cette fois-ci, il y aura d’autres occasions pour elle d’apprendre le partage. Mieux vaut ne pas lui imposer.

L’adolescent de 13 ans qui ne pensent pas aux autres

Voici un exemple où il n’y a pas de demande express de partage, mais où c’est une évidence pour nous, le parent. Un samedi matin, votre conjoint(e) et vous préparez le repas pendant que vos trois enfants jouent. Vous dressez la table et y placez un gros bol de fraises au centre, puis vous retournez cuisiner. Lorsque vous revenez à table, prêts à manger, il reste seulement trois fraises dans le bol. Votre ado de 13 ans les a toutes mangées sans considération aucune pour le reste de la famille. Vous êtes furieux (pour ne pas utiliser un gros mot!). Avant même que vous ayez trouvé des mots pour exprimer votre mécontentement, le non verbal a parlé. L’enfant vient de comprendre qu’il n’a pas agi comme souhaité. À un certain âge, on tient pour acquis que nos enfants devraient partager et penser aux autres, ce qui n’est pas toujours le cas.

Le partage commence par le processus d’empathie : se mettre à la place de l’autre. Si on n’y arrive pas à 13 ans, il est encore temps d’apprendre. Il est important de savoir que l’empathie de l’enfant grandit lorsque ses parents sont empathiques envers lui. Dans l’exemple des fraises, après la surprise et le mécontentement, on tente de reprendre le calme et on pourrait dire : « Il me semble que j’avais acheté un gros panier de fraises, mais non, il faut croire que j’en ai acheté seulement trois! Partageons les trois fraises entre nous cinq. Bon appétit tout le monde! » Il y a de grandes chances que l’adolescent en question se sente mal, cela éveillera son empathie. Il aura compris la leçon sans que ses parents lui martèlent le fait qu’il n’ait pas pensé aux autres.

Partager… ou pas!

En tant que parents, rappelons-nous que l’éducation se fait sur 20 ans et que, même si notre adolescent a mangé toutes les fraises, il nous reste encore beaucoup de temps pour lui apprendre! On respire. Ceci dit, pour enseigner le partage, il est souhaitable de montrer qu’on a aussi la possibilité de ne pas partager, et que cette possibilité-là sera acceptée et non réprimandée par les adultes. Toutefois, il est bon de montrer qu’on a une nette préférence pour le partage.

Nous aussi, les adultes sommes des exemples vivants de partage et même si nous n’avons pas toujours le goût de partager, c’est tout à fait acceptable. Je me rappelle lorsqu’une de mes filles m’avait demandé mon foulard pour la journée, ce à quoi j’ai répondu : « Habituellement, cela me fait plaisir, mais aujourd’hui, j’aimerais le porter ».

Finalement, on apprend le partage par l’acceptation de comportement égoïste. C’est étonnant, mais humain!

© 2017 Jee Yung Caillaux, M.Ps., Psychologue. Tous droits réservés.   |    Réalisation  :  Valérie Beaulieu