Hommage aux enseignants qui changent le cours de notre vie

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Cette semaine, comme beaucoup de parents, j’ai commencé à préparer les cadeaux pour les enseignants de mes enfants. Ici, c’est une tradition. Entre les savons, thés, chocolats, bouteilles de vin et cartes de souhaits, les possibilités sont infinies. Mais au fond de moi, je me dis que ce qui plairait le plus à un enseignant, c’est d’avoir un mot ou une lettre qui décrirait comment le fait de croire à un enfant a changé la vie de ce dernier. Connaissez-vous le vieil adage qui dit qu’ « il faut un village pour élever un enfant »? Dans ce village, il y a nos proches, nos amis, nos voisins et, bien évidemment, les enseignants et les éducateurs qui font partie intégrante de la vie de nos enfants. Ils font, selon moi, le plus beau métier du monde.

L’enfance, un temps où l’estime de soi est en construction

Les enfants chanceux trouvent dans leur foyer le regard positif dont ils ont besoin pour bien s’épanouir. Pour les autres, ils peuvent choisir d’aller le chercher auprès d’autres adultes. Dans mon parcours d’enfant, j’ai eu la chance de rencontrer certains enseignants que je voudrais remercier. Grâce à eux, je suis devenue la femme épanouie que suis maintenant.

Soutenir et encourager

En janvier 1985, j’avais 9 ans et 2 mois. Je venais d’être adoptée en France. Alors, sans trop tarder, j’ai commencé à aller à l’école, à intégrer une classe. À l’instar de tous les enfants en classe d’adaptation au Québec, le mandat était gros: apprendre à parler, à écrire et à lire une nouvelle langue à un enfant de plus de 6 ans. Mme Barnouin, ma maîtresse (mon enseignante) de cours préparatoire (ou de première année), m’a appris à lire à 9 ans, avec Le Petit Prince de Saint-Exupéry. C’était le livre au programme pour tous les élèves et elle n’a pas fait d’exception pour m’en trouver un plus facile. Elle m’encourageait à persévérer dans mon apprentissage et à ne pas me décourager malgré mes notes basses, car je faisais toujours des fautes. Mes camarades de classes savaient déjà tous lire et écrire… mais pas moi. Un jour, j’ai fait un devoir sans aucune faute et j’ai commencé à avoir de bonnes notes. En plus de n’avoir jamais baissé les critères pour moi, elle s’est proposée pour m’enseigner les matinées de cet été 1985, durant ses vacances. Grâce à ces cours privés, j’ai rattrapé mon retard. J’ai donc commencé la deuxième année (CE1) plus que prête. Son aide a tellement été bénéfique pour moi, qu’à la fin de la deuxième année, un an et demi plus tard, j’étais prête à sauter une classe. Merci, Mme Barnouin, de m’avoir soutenue, encouragée, accompagnée. Petite anecdote : aujourd’hui, Le Petit Prince est mon livre fétiche et je le collectionne dans différentes langues.

Photo : abebooks.fr

Ouvrir sur le monde

En troisième année (CE2) Mr Estellon nous faisait mimer les poèmes d’Apollinaire. Chaque semaine, nous nous mettions debout et nous mimions ensemble comme un « yoga poétique » les calligrammes (poèmes en forme de dessins). Je me remémore encore ce visage avec un grand chapeau. Merci, Mr Estellon, de m’avoir donné le goût pour la poésie. Cette dernière est devenue, maintenant à 40 ans, un de mes passe-temps favoris.

Voir le potentiel

Un autre événement marquant de mon enfance s’est produit alors que j’habitais Saint-Paul, un petit village du sud de la France. À l’époque, le village comptait 6000 habitants. Depuis quelques années je pratiquais le ballet 3 fois par semaine. Un jour est arrivé le nouveau directeur de l’école de danse : Mr Escoffier. Il venait du conservatoire d’Avignon. Ce professeur a vu le potentiel en moi et a proposé à mes parents de m’inscrire au conservatoire d’Avignon en danse-études pour la première secondaire. Après quelques préparations, j’ai soumis ma candidature et j’ai été admise dans la grande ville en pensionnat. C’est aussi cela, un enseignant, une personne qui voit avant nous notre potentiel et nous aide à voir grand. Vous imaginez tous que je n’ai pas fini ballerine… car je ne serais pas en train d’écrire ceci. Ici, mon point est que la façon dont l’enfant aura vécu sa vie par la suite n’est pas de grande importance, mais que l’essentiel est d’offrir à l’enfant une possibilité qu’il n’aurait pas envisagée autrement. Ça, c’est un beau cadeau ! Merci, Mr Escoffier, d’avoir vu le potentiel en moi !

Être un modèle

En quatrième, ma professeure d’espagnol s’appelait Mme Cristini. Elle avait une passion pour cette langue qu’elle nous transmettait avec joie et bonne humeur. Elle était drôle, tout le monde aimait ses cours. On savait qu’elle était infirmière de métier, qu’elle s’était réorientée par passion à 42 ans, qu’elle avait deux filles jumelles et qu’elle se déplaçait de loin pour venir nous enseigner. Sans le savoir, elle était pour moi un modèle de femme accomplie qui avait pris le risque de laisser tomber la sécurité pour vivre de sa passion, et cela dans des conditions pas toujours faciles. Merci, Mme Cristini, d’avoir été un modèle pour la petite fille que j’étais.

Pour conclure

En lisant cela, j’imagine que plusieurs d’entre vous se remémorent leurs profs avec un certain plaisir… Personnellement, je me trouve chanceuse d’avoir eu dans mon parcours des adultes qui ont cru en moi, qui m’ont donné ce regard positif sur l’enfant que j’étais. Comme Cyrulnik le rappelle, la résilience s’appuie sur le lien entre un enfant et un adulte qui n’est pas forcément son parent. Je dédie cet article à tous les enseignants et les enseignantes. J’espère un jour que vous recevrez le témoignage d’un de vos élèves qui vous remerciera d’avoir contribué significativement à la personne qu’il est devenu. Vous faites le plus beau métier du monde ! Partager un savoir, c’est généreux, mais construire un humain, c’est une mission. Comme disait Ginott : « Un enseignant devrait enseigner l’humanité avant d’enseigner sa matière ». Maintenant, je me donne le défi d’envoyer cette lettre à tous ces profs qui ont fait partie de ma vie. Pour le moment, je poursuis la liste des cadeaux pour les enseignants de mes enfants ! Bon été !

© 2017 Jee Yung Caillaux, M.Ps., Psychologue. Tous droits réservés.   |    Réalisation  :  Valérie Beaulieu