Enseigner les bonnes manières autrement

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L’enseignement des bonnes manières, voilà une responsabilité de plus pour nous, les parents! Eh oui, cette tâche fait partie de notre devoir d’éducateur. Combien de fois avez-vous répété « Dis merci, dis bonjour, dis pardon… » ? Mais est-ce que cela fonctionne vraiment? Si cette façon de faire était si efficace, aurions-nous besoin de répéter constamment? Je vous invite à faire un bref tour de la question et de voir comment enseigner la politesse de façon ludique avec nos enfants.

Un peu d’histoire

Les bonnes manières sont de petites actions ou des paroles qui rendent agréable la vie en société. Par exemple, dire « merci » et « s’il-vous-plaît » ou encore les règles de bienséance attendues dans certains contextes. Autour de la table, sans forcément parler de décorum, il existe une certaine étiquette, comme ne pas mettre les coudes sur la table.

L’étiquette a été instaurée en France au XIIIe siècle, mais c’est à Louis XIV qu’on doit sa mise en place sérieuse et stricte. Elle impose à tous les membres de l’aristocratie un règlement contrôlé et rigide de comportements imposés. Par exemple : faire la révérence, prendre le bain à une heure précise, porter tel vêtement dans tel contexte, etc. Encore aujourd’hui, nous suivons quelques règles provenant de cette époque.

Pour nos enfants, on ne peut pas parler d’étiquette sans parler d’Érasme de Rotterdam. Érasme, penseur, prête et précepteur d’origine hollandaise est considéré comme le prince des humanistes du XVIe siècle. Parmi ses nombreux ouvrages, on compte La civilité puérile, un livre dédié à un jeune prince qui était un de ses élèves pour lui apprendre les bonnes manières. Ce livre aura aussi pour but de compenser les inégalités de naissance et permettre aux enfants n’appartenant pas aux classes aisées d’apprendre les règles que conduites qui leur donneront des armes de survie et des outils pour conquérir le monde (n’oublions pas que nous sommes au XVIe siècle!). Après avoir été quelque peu modifié, ce traité d’éducation deviendra la référence pour l’instruction des enfants chrétiens.

Et en 2018

Les règles de bienséances que nous enseignons à nos enfants sont répertoriées sous trois grands registres :

  1. Les formules de politesse (merci, bonjour, s’il-vous plaît, je vous en prie).
  2. Quelques comportements selon leurs contextes (comme autour de la table).
  3. Les règles relationnelles (ne pas interrompre, vouvoyer un aîné).

Voyons comment enseigner les bonnes manières à travers deux exemples :

Yaelle, 4 ans, vient de frapper son ami

Vous êtes à une fête chez des amis et votre petite fille de 4 ans vient de taper l’enfant de vos amis. La petite victime arrive en pleurant. Évidemment, vous vous sentez mal. Il est tentant de demander à votre enfant de s’excuser. Ainsi, elle demandera pardon sous l’imposition et la menace du parent.

Dans une telle situation, je recommande de ne pas obliger l’enfant à dire ce qu’il ne ressent pas. Cependant, on peut dire à notre amie maman que nous sommes désolés. Le pardon doit venir suite à un vrai sentiment de regret et, à 4 ans, il peut être difficile de le ressentir. Dans tous les cas, ce n’est pas sous les ordres de son parent que le sentiment a le plus de chance de naître. On doit laisser le temps et l’espace à Yaelle de faire une introspection sur ce qu’elle vient de faire et de réparer son geste par la suite. Qui sait, peut-être arrivera-t-elle avec un cadeau la prochaine fois ou un « je ne voulais pas te faire mal »…

Anouk, 8 ans, mange avec encore avec ses doigts

Il y a des situations qui nous fâchent plus que d’autres, notamment les mauvaises manières à table. Évidemment, car on y fait face trois fois par jour et ce, tous les jours de l’année. Pour une famille de trois enfants, si on multiplie par le nombre d’enfants autour de la table, cela fait plus de 3000 occasions par année de voir un enfant mal se comporter à table! Il sera tentant de leur dire :

« Tu manges comme un cochon! »

« Ne mets pas les coudes sur la table! »

« Peux-tu faire moins de bruit en mangeant?! &@#$#?! »

« Ne parle pas la bouche pleine! »

« Ne donne pas à manger au chien lorsque nous sommes à table! »

On a tous entendu ou dit cela au moins une fois. C’est humain…

Après leur avoir expliqué qu’il est plus agréable pour tous de voir une personne manger la bouche fermée et que, dans certains contextes, des personnes les jugeront sur leur manière de tenir la fourchette, je vous suggère de leur enseigner les bonnes manières sous forme de jeu.

D’abord, dressons la table avec tous les couverts possible et créons un contexte imaginaire : « Les enfants, ce soir on reçoit la Reine d’Angleterre pour souper… Tenez-vous bien! » Et on les invite à pratiquer à outrance l’étiquette autour de la table. On s’exerce à manier le couteau, la fourchette dans la main gauche, la serviette pour s’essuyer la bouche et non pas pour se moucher. Et surtout, on rigole et on s’amuse. Même si on s’amuse, les règles seront enseignées. Par la suite, c’est eux qui décident de les utiliser ou pas. N’oubliez pas que ces apprentissages se font sur plusieurs années. Il faut garder cela en tête lorsqu’on enseigne les bonnes manières.

Et dans tout ce contexte éducatif, il y a des idées fausses qui sont véhiculées

« Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. »

Dans notre manière d’enseigner nos valeurs, on retrouve les idées judéo-chrétiennes. L’affirmation précédente n’est pas nécessairement vraie. Par exemple, je n’aimerais pas qu’on soit méchant avec moi, mais je dois savoir être méchante avec quelqu’un qui est en train de m’agresser physiquement. Autrement cela peut se passer mal pour moi.

« On doit toujours dire bonjour et merci »

On doit dire bonjour et merci à notre manière et surtout lorsqu’on en a envie. Parfois, il n’est pas nécessaire que l’enfant dise merci au moment précis où son parent le voudrait. Par exemple, lorsqu’un enfant reçoit un livre en cadeau, on s’attendrait de lui qu’il remercie sur-le-champ la personne qui lui a offert. Mais si, quelques semaines plus tard, il a lu le livre offert et qu’il lui a beaucoup plu, l’enfant pourra dire « Merci Lucie pour le beau livre que tu m’as offert, je l’ai dévoré et cela m’a donné le goût de lire la suite ! ». N’est-ce pas un merci beaucoup plus touchant?

« On doit finir ce qu’on a commencé »

Ah oui? Imaginez, dans les situations de consentement sexuel, une jeune fille à qui on a appris à finir ce qu’on commence. Mais elle n’a plus envie, car certains paramètres ont changé dans sa relation intime avec son partenaire. Voici un des dangers d’emprisonner nos enfants dans de fausses croyances au lieu de réfléchir par eux-mêmes au contexte. Dans le cas d’un cours de judo, s’il reste trois cours, peut-être qu’il serait souhaitable de le terminer… dans d’autres cas, pas toujours …

Pour conclure, heureusement, nous ne sommes plus au temps où les adultes se méfient des enfants et qu’ils veulent à tout prix qu’ils deviennent de petits hommes ou de petites femmes. Enseignons avec respect et justice les valeurs et surtout avec amusement l’étiquette. Comme dit Rousseau dans L’Émile ou De l’éducation, l’apprentissage de la morale est ce qui arrive en dernier. Alors, chers parents, armez-vous de patience… comme toujours !

© 2017 Jee Yung Caillaux, M.Ps., Psychologue. Tous droits réservés.   |    Réalisation  :  Valérie Beaulieu