À quel âge commence le consentement ?

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La notion de consentement a pris une place particulière dans l’actualité Québécoise en 2016 et cela continue en 2017. J’aimerais partager avec vous ma réflexion en tant que psychologue qui travaille avec les enfants et maman de 3 petites filles. Un angle de vue qui pourrait peut-être donner une possible explication à tout ce qu’on a entendu dans les médias l’année dernière.

Pourquoi, dans une société aussi avancée que le Québec au niveau des droits et libertés de chacun, doit-on rappeler la notion de consentement à des étudiantes de 18 ans? Avec les scandales sexuels de Ghomeshi, Cosby et Sklavounos, 2016 est définitivement l’année du consentement! Plusieurs articles ont traité de cette notion au niveau des rapports sexuels, et la vidéo Consent as a tea a eu un effet viral sur les réseaux sociaux.

Dans cette vidéo, on compare le consentement sexuel à prendre une tasse de thé. Mais je me suis demandé où était le vrai problème? Comment ces femmes n’arrivent-elles pas à imposer leur point de vue et leur volonté? Et, d’autre part, je me questionne à savoir comment les hommes forcent un acte non voulu. Même si la partenaire était consentante au début, comment se fait-il qu’on n’ait pas compris qu’elle ne semblait plus trop dans le même désir? Là est le véritable problème humain, selon moi.

Et si on tentait de comprendre les raisons et les origines de ce problème relationnel… J’aimerais élargir la réflexion à la notion de consentement en général, pas uniquement au niveau sexuel. Et si tout partait de l’enfance? Cela peut paraître cliché, mais attardons nous de plus près à notre mode relationnel adultes/enfants. Faisons un petit bond en arrière dans l’enfance des ces petites filles et de ces petits garçons, dans la vie desquelles il n’y a pas toujours place au consentement selon moi.

Et si on remontait à l’enfance

Maintenant, je vous demande de quitter votre propre corps et votre identité afin de vous mettre à la place d’enfants dans quatre situations différentes.
Prêts? Allons-y…

Vous êtes un bébé de 18 mois et vous vous balladez en poussette avec votre maman. Il fait beau et maman semble de bonne humeur; elle chante. Vous ne savez pas vraiment où vous allez, mais vous faites complètement confiance à votre mère. Tout à coup, la poussette s’arrête et une dame s’exclame « mais qu’est-ce qu’il est beau ce bébé! » en s’approchant de votre tête. Et elle commence à vous pincer les joues en disant que vous êtes trop mignon. Ca fait mal, mais tout le monde a l’air content et maman semble si fière de vous. Personne ne semble voir que vous n’aimez pas ça. Maintenant, la douleur est passée et la poussette est repartie de plus belle. Maman chantonne et tout va bien…

Vous êtes une petite fille de 3 ans. Vous êtes assise avec votre papa dans la salle d’attente du docteur. Vous vous sentez fièvreuse. Vous dites :
« – Il fait chaud ici!
– Non, il fait froid. Garde ton chandail.
– Non… j’ai chaud !!
– Hey! J’ai dit GARDE ton chandail! »

Vous êtes une petite fille de 6 ans, vous accompagnez vos parents à un party d’adultes. Vous pensez : « Fiou! Il y a des amis de votre âge! Cool!» Au moment de partir, votre maman insiste lourdement pour que vous faisiez un bisou à un monsieur barbu qui n’est pas votre ami… Vous n’avez pas le goût… Mais après s’être fait reproché que vous n’êtes pas gentille si vous ne faites pas de bisou, que ce sont les bonnes manières de dire aurevoir et sous la pression (car vous sentez la menace arriver), vous acquiessez pour lui faire plaisir et avoir la paix… vous faites un bisou!

Vous êtes un garçon de 8 ans, vous êtes chez des amis avec vos parents. Vous jouez avec un garçon du même âge que vous. Soudainement, la chicane prend. Il vous insulte et pour vous défendre, vous lui donnez un coup de poing. L’ami en question pleure et appelle ses parents. Ça y est, tout le monde est autour de vous à vous fusiller du regard. Votre mère qui est embarrassée vous demande fermement de dire pardon au garçon. Vous ne ressentez aucun un regret, car selon vous, il l’a bien mérité. Il n’avait pas à vous insulter… Mais vu le mécontentement de vos parents, la menace de partir immédiatement, vous dites pardon sans le ressentir…

Quel message envoie t-on à nos enfants ?

Dans nos interactions, on véhicule des messages fort importants. Dans l’exemple aussi banal du bébé dans la poussette, on véhicule le message suivant : mon propre corps ne m’appartient pas vraiment. Les autres peuvent faire ce qu’ils veulent car ils sont bien intentionnés.

Dans le second exemple, on fait violence à notre propre ressenti. Le message qui pourrait s’en dégager est que les autres savent sûrement mieux que moi ce qui que je ressens. Je ne peux pas faire confiance à ce que je ressens.

La petite fille à qui les parents veulent enseigner les bonnes manières pourrait se dire que c’est important de passer outre son ressenti pour faire plaisir aux autres. Je dois obéir sinon ca peut aller mal.

Le petit garçon a qui on veut enseigner la morale pourrait se dire : parfois, je dis des choses que je ne pense pas. Alors les autres aussi disent certainement des choses qu’ils ne pensent pas.

Voilà, c’est plutôt rare qu’en tant que parent on soit conscient des messages à long terme.

Je pense qu’il nous est tous arrivé au moins une fois de demander à notre enfant de demander pardon, de dire au revoir, etc. C’est la répétition qui peut devenir dangereuse. Ici, mon point n’est pas d’accuser les parents, mais bien de faire réaliser comment toute la société parle aux enfants.

Revenons à une définition de consentement : action de donner son accord à une action, à un projet; acquiescement, approbation, assentiment. Il a agi avec mon consentement.

Donc, le consentement repose sur la communication et le respect. Le respect relationnel avec un enfant ou un adulte c’est assumer que :

  • Dans un même contexte, l’autre peut ressentir des choses différentes de moi.
  • L’autre est capable de savoir ce qui est bon pour lui.
  • Je ne peux pas imposer à l’autre de faire quelque chose qui selon moi est important.
  • Je ne peux pas imposer à l’autre de dire des choses qui, selon moi, sont les bonnes choses à dire.

Le problème dans les exemples de défaut de consentement sexuel?

Dans les exemples sur le consentement sexuel, on assiste à une gente féminine qui manque d’affirmation. Elles ne sont plus capables d’imposer leur volonté. Il y a absence de cette capacité à se retirer d’une situation déplaisante ou de l’éviter : en négligeant cela c’est aussi ne pas respecter notre choix.

Une autre notion entre en ligne de compte, celle de la désirabilité sociale. On veut faire plaisir aux autres alors on passe sur nos propres besoins. Et il n’y a plus beaucoup de place pour notre ressenti, ce qui vient de notre moi profond.

En parallèle, on voit chez la gente masculine, dans les cas de manque de consentement sexuel reportés, un manque de respect pour l’autre.

J’ajouterai également la non compréhension des besoins de l’autre. On ne reconnaît plus ses propres limites et celles des autres. Le non respect de la zone de confort de chacun aboutit à diminuer le sentiment de sécurité de notre interlocuteur.

En conclusion

Lorsqu’on dit a un enfant qu’il ne ressent pas ce qu’il ressent, on le dépouille de sa protection naturelle. On le rend également confus, on le désoriente. On le désensibilise. On le sépare de ce qu’il est. (Faber et Mazlish)

Pour éviter que des évènements tels que ceux cités plus haut ne se reproduisent, faisons de la prévention dès leur plus jeune âge. Apprenons à tous nos enfants, filles et garçons, à faire confiance à leurs ressentis. Faire plaisir aux autres c’est un grand signe de bonté, mais pas à n’importe quel prix. Si on respecte nos enfants, alors, à leur tour, ils respecteront leurs amis, leurs collègues, leurs tiers.

Un autre point de prévention serait l’éducation sentimentale, pour reprendre le titre du roman de Flaubert. Oui vous avez bien lu ÉDUCATION SENTIMENTALE, chose qui n’existe pas auprès des jeunes et cette dernière englobe l’éducation sexuelle. Tristement, l’apprentissage de cette dernière passe pour la majorité des adolescents par l’utilisation des images sur le web. Selon moi, dans ces images souvent très stéréotypées, on ne parle pas de consentement ni d’humanité. Il y a aurait beaucoup à dire à ce sujet; ce sera le thème d’un autre article!

© 2017 Jee Yung Caillaux, M.Ps., Psychologue. Tous droits réservés.   |    Réalisation  :  Valérie Beaulieu