Comment gérer la colère des enfants avant que ça tourne mal

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On me demande souvent comment gérer la colère des enfants. Ces situations peuvent être une source de stress pour le parent qui aime profondément son enfant et qui se retrouve découragé de voir les moments gratifiants avec celui-ci se faire rares. Comment réagir face à ces crises, comment intervenir avant que ça ne dégénère ?

Un cas typique

Avant de vous proposer quelques moyens d’y parvenir, laissez-moi vous raconter l’histoire de David (nom fictif), un papa que j’ai reçu en consultation privée. Un cas typique, comme j’en vois souvent.

Un lundi matin, je reçois un appel de sa part. À son ton de voix, je comprends très vite son découragement. Il me parle de sa situation familiale : il a deux garçons de 7 et 2 ans. Le plus vieux fait des crises dès qu’on lui dit « non » et les parents sont au bout du rouleau. Même la mère, qui a habituellement davantage de patience, est exaspérée. Le père avoue contribuer, avec ses interventions, à l’escalade des chicanes entre son fils et lui. Toute la famille a besoin d’aide ; le petit garçon, les parents, mais aussi le petit frère qui est témoin de cette dysharmonie.

À l’instar de plusieurs enfants de son âge, l’aîné n’accepte plus de se faire dire « non ». Il veut tout immédiatement et ne supporte pas la frustration. Les parents n’arrivent pas à faire de lien entre les crises et l’événement déclencheur. Il semble y avoir des hauts et des bas, mais on ne relie à rien ses comportements oppositionnels. Il semble vouloir s’opposer de manière systématique. Il insulte ses parents, leur crache dessus, donne des tapes… Il tape même son petit frère, car il sait très bien que cela fâchera ses parents… On a l’impression, me reporte David, qu’il fait express pour nous embêter … Il s’agit là, grosso modo, du portrait comportemental du petit garçon et je déduis rapidement qu’il y a également beaucoup de colère et de tristesse derrière ses comportements. Intervenir pour l’aider est nécessaire et urgent. Car un enfant qui est bien agit bien…

De l’autre côté, il y a les deux parents. Des parents qui ont fait de leur mieux avec la conciliation travail-famille et qui possèdent un amour sincère pour leurs enfants. Malgré le découragement, ils sont conscients qu’il ne faut pas utiliser la violence, mais lorsque l’enfant fait mal à son frère six fois dans une même journée, ils sont également tentés d’agir avec violence (serrer fort un bras, donner une tape)…

Tout comme David, vous avez probablement déjà vécu de tels moments de découragement et vous vous êtes sûrement demandé quoi faire pour y remédier avant que cela ne dégénère.

Si le Mahatma Gandhi avait été psychologue pour enfant, il aurait dit : « à toute violence, on se doit de répondre avec la non violence… » et je dirai même davantage : « avec amour ».

La gestion de la colère, intervenir avant que ça tourne mal

Afin de diminuer la fréquence et l’intensité des crises, il existe plusieurs techniques que vous pouvez mettre en pratique avec vos enfants. Aujourd’hui, j’aimerais faire un survol de trois outils qui me sont encore très utiles avec mes propres enfants et que vous gagnerez sans aucun doute à adopter.

Outil no 1 : le « 20 minutes » d’attention

Cette technique est très simple. On s’assoit avec un de nos enfants et on lui consacre 20 minutes d’attention soutenue, sans aucune interruption extérieure (le téléphone, la cuisson du souper ou un autre membre de la famille). On joue au jeu qu’il choisit. Il s’agit de donner de l’attention de qualité à l’enfant. Personnellement, j’aime bien utiliser la minuterie. Chez nous, c’est un rituel. Chaque enfant à droit a « son 20 minutes », c’est même devenu une expression : « Miya, que veux-tu faire de ton 20 minutes ?».

Il est vrai qu’il peut s’avérer difficile pour certains parents, selon la situation familiale, de trouver le temps pour offrir ces moments privilégiés. Mais n’oublions pas que, bien souvent, seulement 20 minutes par jour au retour de la garderie ou de l’école sont suffisantes. Cela permet de rétablir les liens. Comme si on se rechargeait les batteries pour aider l’enfant à repartir de plus belle par lui-même.

En finalité, ces 20 minutes sont du temps très bien investi. Vous constaterez que de prendre ce moment avec vos enfants vous fera gagner du temps à court terme. Et vous ne vous doutez pas à quel point cela peut rapporter gros à long terme. Comme le disait si bien Jean Jacques Rousseau : «éduquer est un métier et il faut savoir perdre du temps pour en gagner».

Outil no 2 : le « Oui, mais… »

On commence par dire oui à ce que demande notre enfant et, par la suite, lorsque le « oui » a été entendu, on ajoute un « mais » . En d’autres termes, on valide, puis on encadre. Voici un exemple:

– Maman, je veux du chocolat !
– Oui, tu as faim. C’est vrai que le chocolat c’est bon… Mais puisqu’il est 17h, je te propose quelques crudités et de la trempette en attendant le souper ?

Cette manière d’accueillir ce que l’enfant est en train de vous dire par un oui valide que c’est normal pour un enfant qui a faim de penser à manger une chose qu’il aime, à priori du chocolat. Par la suite, on encadre l’enfant en lui suggérant quelque chose de plus approprié selon la situation, dans l’exemple présent, des crudités.

L’utilisation du « oui, mais… » fait en sorte que l’enfant n’entend pas un « non » immédiatement. Comme c’était le cas avec le fils de David, certains enfants deviennent allergiques aux non. Peut-être l’utilisons-nous trop souvent ?

Outils no 3 : revoir les priorités et choisir nos batailles

Avez-vous déjà pris un moment pour constater la quantité d’interdits que vous imposez à vos enfants ? À la maison, il est incroyable de voir tout ce qu’on peut interdire à nos enfants :

  • Ne saute pas sur le canapé
  • Ne mange pas avec les doigts
  • N’agace pas ta sœur
  • etc.

Rousseau disait que la seule chose qu’on devrait interdire à nos enfants c’est la méchanceté. Je suis bien d’accord avec cette théorie et j’ajouterai à cela « les comportements qui mettent en jeu leur sécurité». Cette proposition favorise le développement d’êtres humains autodéterminés, c’est-à-dire qui se mobilisent pour eux-mêmes dans des choses qui ont du sens pour eux.

On peut revoir, en famille ou en couple, ce qui est essentiel pour nous. C’est ce que j’appelle le cadre de référence dans les familles.

À lire également : Comment définir sa mission de famille

S’outiller pour rétablir l’harmonie familiale

Ces outils se veulent un début d’intervention avec les parents. D’autres outils sont abordés plus amplement dans mes ateliers qui portent sur la coopération et les alternatives à la punition.

En éducation, grâce à une approche humaniste, du temps et des outils, on arrive à rétablir l’harmonie, renforcer le lien avec nos enfants, avoir plus de plaisir à être avec ces derniers et surtout, les voir épanouis. Cela ne veut certainement pas dire « oui » à tout, mais offrir à nos enfants la possibilité d’être eux-mêmes dans un cadre ferme et humain.

© 2017 Jee Yung Caillaux, M.Ps., Psychologue. Tous droits réservés.   |    Réalisation  :  Valérie Beaulieu